​Pierre-Olivier Beckers : "Des Jeux olympiques sans public ? Non !"

Il a eu une voix importante dans le report des Jeux de Tokyo 2021 et il coordonne les Jeux de Paris 2024 pour le Comité International Olympique : il s’agit de Pierre-Olivier Beckers. En ces temps exceptionnels, notre compatriote se tourne vers l'avenir pour nous. "Tokyo aura lieu l'année prochaine ou n’aura pas lieu."

Pierre-Olivier Beckers, lors de cet appel vidéo, est au siège du CIO à Lausanne, en Suisse. "Les frontières suisses sont toujours fermées. Mais rassurez-vous, j'ai eu l'autorisation de faire mon premier voyage à l'étranger depuis le confinement. Les réunions du CIO sont considérées comme des mouvements essentiels".

Pierre-Olivier Beckers, membre du CIO et président du Comité Olympique et Interfédéral Belge, est aussi président du Comité de Coordination du CIO pour Paris 2024. En résumé, un homme dont la voix compte au sein de l’une des plus importante institution internationale et qui détermine à quoi ressemblera le plus grand événement sportif mondial après la crise du corona. Voici son plan.

Pas de jeux à huis clos

"Tous les scénarios sont possibles pour Tokyo, mais je n’imagine pas les Jeux à huis clos. Les Jeux sont une célébration internationale et cette célébration se manifeste surtout dans les stades. Bien sûr, nous devons évaluer les risques. Il est plus facile de placer le Grand Prix de Francorchamps en août de cette année à huis clos que d'imaginer les Jeux Olympiques dans un an sans spectateurs".

"Le CIO envisage tous les scénarios : avec public, avec peu de public, avec des tests à l'arrivée... Heureusement, le Japon est une île, donc cela peut être organisé. Également pour les athlètes. Par exemple, ils pourraient voyager une semaine plus tôt que prévu afin qu’ils passent par une sorte de période de quarantaine. Le Team Belgium pourrait d’ailleurs en faciliter la mise en place dans le camp d'entraînement de Mito (situé à proximité de Tokyo)".

Plus de report pour Tokyo 2021

"Les décideurs sportifs et les membres du CIO en sont convaincus : les Jeux de Tokyo auront lieu du 23 juillet au 8 août 2021. S'ils n'ont pas lieu à ce moment-là, les Jeux de Tokyo seront définitivement annulés. Une rumeur a été lancée selon laquelle nous prendrions (au niveau du CIO) cette décision en octobre, mais elle est fausse. La décision sera très probablement prise au printemps de l'année prochaine. Mais nous n'allons pas reporter les Jeux une nouvelle fois. Ce n'est pas possible financièrement. Vous ne pouvez pas bloquer à nouveau plus de 40 000 chambres d'hôtel, vous ne pouvez pas entretenir les sites olympiques et garantir leur disponibilité, vous ne pouvez pas faire travailler 45 000 employés du comité d'organisation japonais à plein temps. D'ailleurs, des appartements dans le village olympique ont déjà été vendus. Et ce report a déjà bouleversé le calendrier sportif international".

Avec moins d’athlètes, il n’y aurait plus de Jeux

"A Tokyo 2021, environ 11 500 athlètes participeront. Pour Paris 2024, nous visons un maximum de 10 500. Réduire le nombre d'athlètes, environ 4 000 ou 5 000, ce serait aller contre l'ADN olympique. Les Jeux, c'est l’organisation de plus de trente championnats du monde en quinze jours. Nous voulons simplement montrer la richesse et la variété qu’offre le sport dans son ensemble. Avec seulement 4 000 à 5 000 athlètes, on ne peut pas montrer cela. De plus, à Paris 2024, pour la première fois, des athlètes transgenres seront présents. Nous ajoutons des sports qui favorisent l'égalité des sexes, qui ne nécessitent pas un stade excessivement coûteux et qui ne durent que deux jours avec un maximum de 48 athlètes par sport - surf, skateboard, breakdance... Nous devons réfléchir à la manière de réduire le nombre de disciplines dans les autres sports".

Les Jeux doivent être moins chers

"Nous voulons lutter contre le gigantisme des Jeux. Paris 2024 le faisait déjà avant la crise sanitaire du Covid-19. Les Jeux doivent s'adapter aux besoins des villes hôtes, alors que par le passé, les villes hôtes devaient s'adapter aux Jeux. Cela doit devenir moins coûteux, plus simple et plus durable. Avec des emplacements temporaires ou existants qui seront réutilisés après les Jeux. Paris vise un budget de 6,8 milliards, dont environ 3 milliards pour les infrastructures. C'est nettement moins cher que les Jeux de Tokyo 2021, Rio 2016, Londres 2012, Pékin 2008 et Athènes 2004. Des Jeux Olympiques pour moins de public ne sont pas à exclure. Il est tout à fait possible que nous utilisions des stades moins grands pour certains sports, en particulier les stades couverts, la chose la plus chère dans un stade est son toit. Bref, des stades avec la même ambiance, mais pour seulement 4 000 à 5 000 personnes. Grâce aux possibilités numériques, le grand public pourrait profiter de l'atmosphère olympique sans être nécessairement sur place".

Organiser le village olympique différemment

"Le village olympique doit être maintenu. Il est le symbole de la solidarité. Mais voulons-nous toujours un village olympique avec le célèbre restaurant olympique géant où l'on peut manger 24 heures sur 24 ? Ne devrions-nous pas le faire à plus petite échelle, car beaucoup d'athlètes ne voudront pas prendre de risques et ne voudront pas être dans une grande salle tous au même moment. Peut-être devrions-nous diviser".

Le Team Belgium doit rester ambitieux

"Olav Spahl, directeur sportif du Team Belgium, aspirait déjà avant la crise sanitaire du Covid-19 à faire mieux que les six médailles de Rio 2016. Il y a des athlètes qui abandonnent, comme le vice-champion olympique Pieter Timmers. Mais d'autres qui ont été blessés - comme le judoka Toma Nikiforov. Ils ont maintenant une nouvelle chance. Nous ne pouvons pas renoncer à nos ambitions sportives, malgré le corona. Le Team Belgium est plus fort que jamais, les années précédentes nous avons remporté plus de médailles que jamais lors de championnats internationaux. Mais cet élan n'est pas terminé parce que les Jeux ont été reportés".

Le budget pour les athlètes, sous pression après 2024

"Les athlètes belges ne doivent pas avoir peur. Nous pouvons continuer à leur garantir un soutien financier idéal. Si nécessaire, nous pouvons également faire appel à des fonds (réserves). À court terme, je ne suis pas du tout inquiet : ni pour Tokyo 2021, ni pour les Jeux olympiques d'hiver de Pékin 2022, ni même pour les Jeux de Paris 2024. Mais qu'en est-il après cela ? L'argent ne tombe pas du ciel. Nous avons déjà des contrats avec certains de nos sponsors privés jusqu'à Paris 2024. Mais il est clair que de nombreuses entreprises vont souffrir de cette crise économique. Les entreprises voudront-elles encore investir dans le sport de haut niveau ? En notre faveur, le sport, la condition physique, mais aussi des valeurs telles que le respect, la solidarité et la coopération, ont un rôle important à jouer dans cette crise".

Hans Jacobs - Journaliste sportif chez Het Nieuwsblad, partenaire média du COIB

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